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Témoignage du docteur Dieudonné N., chirurgien viscéral et digestif à Villeneuve-sur-Lot. Exerçant en SELARL reliée à une SPFPL.
Imaginez le Dr Martin, 45 ans, médecin libéral installé depuis quinze ans, qui a transformé son activité en SELARL pour mieux maîtriser sa fiscalité et préparer la suite. Son expert-comptable ou son avocat lui parle maintenant de « holding médecin », de SPFPL, de holding patrimoniale ou SMHF, sans compter les annonces du PLF 2026 sur les holdings patrimoniales qui inquiètent tout le monde.
Même scénario pour le Dr Dupont, chirurgien-dentiste : SELARL, murs en SCI, début de patrimoine financier… et la même question qui tourne en boucle :
« Faut-il (encore) créer une holding quand on est médecin ou dentiste, et le PLF 2026 va-t-il tout changer ? »
Cet article a précisément pour objectif de répondre en profondeur à ces questions, en se concentrant sur les libéraux de santé :
- ce que recouvrent vraiment les expressions holding médecin et holding dentiste ;
- à quoi sert une SPFPL (holding professionnelle) ;
- comment s’articule une holding patrimoniale / SMHF avec une SELARL ;
- quels sont les avantages concrets pour un médecin ou un chirurgien-dentiste ;
- et surtout : ce que prévoit le PLF 2026 sur les holdings patrimoniales… et pourquoi, en pratique, les montages classiques des médecins et dentistes libéraux restent pertinents.
Pourquoi parle-t-on autant de “holding médecin” ou “holding dentiste” ?
Quand un médecin ou un dentiste exerce en BNC classique, il est fiscalement « collé » à son activité : ce qu’il gagne est directement imposé à l’impôt sur le revenu.
À partir d’un certain niveau de revenus et de charges, les conseils (expert-comptable, avocat fiscaliste, conseiller patrimonial) proposent souvent un passage en société d’exercice libéral (SELARL) – SELARL ou SELAS le plus souvent. C’est la première marche.
La marche suivante est presque toujours la même :
- loger l’activité dans une SELARL (structure d’exercice) ;
- puis créer une société au-dessus – une holding – qui détient cette SELARL et sert d’outil de levier financier et patrimonial.
C’est là que les termes « holding médecin » ou « holding dentiste » apparaissent dans les recherches Google. En réalité, ils désignent deux grands types de structures :
- la holding professionnelle : la SPFPL (Société de Participations financières de Professions libérales) ;
- la holding patrimoniale : souvent appelée SMHF (société micro holding familiale) ou holding familiale.
L’enjeu n’est donc pas de faire “comme tout le monde”, mais de comprendre quel outil sert quel objectif.
De la SELARL à la holding : le socle de base
Pour un médecin ou un dentiste, la SELARL est la brique de base : c’est elle qui facture les patients ou l’Assurance Maladie, paie les charges, les salaires, l’impôt sur les sociétés, etc.
En parallèle, le Code de la santé publique encadre finement les SELARL :
- inscription au tableau de l’Ordre (médecins ou chirurgiens-dentistes) ;
- règles sur la détention du capital et des droits de vote ;
- limites à la multiplicité des structures dans lesquelles un même praticien peut exercer ;
- contrôle ordinal sur les montages d’association.
Une SELARL (SELARL ou SELAS) va ensuite être détenue en tout ou partie par une holding, qui peut être :
- une SPFPL (si l’on reste dans la logique professionnelle strictement libérale) ;
- une SMHF ou autre holding patrimoniale (si l’on est dans une logique de patrimoine familial plus large).
C’est cette superposition SELARL + holding qui va permettre les optimisations et la structuration à moyen/long terme.
La holding professionnelle : la SPFPL du médecin ou du dentiste
1. SPFPL : la “vraie” holding médecin / dentiste
La SPFPL (Société de Participations Financières de Professions Libérales) est une société holding créée spécialement pour les professions libérales réglementées : médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, avocats, etc.
Son objet social, en pratique :
- détenir des parts de SELARL exerçant la même profession (par exemple SELARL de médecins ou de chirurgiens-dentistes) ;
- éventuellement exercer des activités accessoires de gestion ou de prestations de services au profit de ces SELARL (management, administratif…).
Elle est commerciale par la forme (SARL, SAS, SA…), mais civile par son objet, et doit être inscrite au tableau de l’Ordre concerné.
En résumé : quand on parle de “holding médecin” ou “holding dentiste” dans le contexte de l’activité, on parle le plus souvent d’une SPFPL.
2. Les règles de détention de capital
Le principe est le suivant : on veut éviter que la profession ne soit contrôlée par des acteurs extérieurs (fonds d’investissement, industriels, etc.).
C’est pourquoi, dans une SPFPL de professions libérales :
- plus de 50 % du capital et des droits de vote doivent être détenus par des professionnels exerçant la même profession que celle des sociétés détenues ;
- le solde peut être détenu par des confrères retraités, des ayants droit, ou parfois d’autres professions libérales dans des limites définies.
Pour les chirurgiens-dentistes comme pour les médecins, les Ordres rappellent :
- que la SPFPL doit être autorisée et inscrite à l’Ordre ;
- qu’un dossier doit préciser le montage, la répartition du capital et l’articulation avec la ou les SELARL ;
- que les conditions de détention doivent rester conformes dans le temps (entrée ou sortie d’associés, départ à la retraite, etc.).
3. Le régime fiscal de la SPFPL : le fameux régime “mère-fille”
La SPFPL est en principe soumise à l’impôt sur les sociétés. Elle perçoit :
- des dividendes provenant des SELARL qu’elle détient ;
- éventuellement des rémunérations pour des prestations de services facturées aux SELARL.
Dès lors qu’elle détient au moins 5 % d’une SELARL et respecte les conditions du régime mère-fille, elle peut bénéficier d’un mécanisme très puissant :
- 95 % des dividendes reçus sont exonérés d’impôt ;
- seuls 5 % sont réintégrés dans le résultat imposable de la SPFPL ;
- avec un IS autour de 25 %, la taxation effective de ces dividendes devient très faible.
Si la SPFPL détient au moins 95 % d’une SELARL, l’intégration fiscale peut être envisagée pour compenser les résultats de plusieurs sociétés du groupe (sous conditions).
4. Intérêt concret pour un médecin ou un dentiste
Pour un médecin ou un dentiste libéral, une SPFPL permet par exemple :
- de racheter progressivement des parts de SELARL en s’endettant au niveau de la holding, puis en utilisant les dividendes remontés pour rembourser cet emprunt (effet de levier) ;
- racheter les murs d’un cabinet via une SCI en parallèle ;
- de lisser sa montée en rémunération : au lieu d’augmenter immédiatement son revenu imposable, il laisse une partie du bénéfice remonter en holding, moins imposée, pour financer ses projets ;
- de préparer l’entrée d’un associé plus jeune, en lui cédant des parts de SPFPL plutôt que directement des parts de SELARL ;
- d’organiser, à terme, la transmission de son outil d’exercice à un successeur (cession des parts de SELARL ou de SPFPL).
- regrouper plusieurs sites ou activités au sein d’un même groupe ;
- optimiser la fiscalité des dividendes et des réinvestissements.
Dans tous les cas, la SPFPL reste centrée sur la sphère professionnelle.
La holding patrimoniale / SMHF : piloter son patrimoine de médecin ou de dentiste
1. SMHF : une holding familiale pensée pour les libéraux
La SMHF (société micro holding familiale) est une forme de holding patrimoniale dont le capital est majoritairement détenu au sein d’une même famille.
Concrètement, c’est une société (souvent soumise à l’IS) qui va :
- détenir des parts de SELARL, de SPFPL, de SCI, voire d’autres sociétés ;
- servir de “plateforme” de gestion de patrimoine familial ;
- permettre d’associer progressivement les enfants au capital et de préparer la transmission.
L’objectif n’est pas seulement fiscal. Il est aussi :
- organisationnel : avoir une vision consolidée du patrimoine ;
- stratégique : pouvoir investir via la SMHF dans des projets (immobilier, sociétés) ;
- successoral : transmettre des parts de SMHF plutôt que chaque actif un par un.
2. Articulation typique SELARL / SPFPL / SMHF
Pour un médecin ou un dentiste, on retrouve très souvent la structure suivante :
Dans cette architecture :
- la SPFPL gère la logique professionnelle (rachat de parts, financement de l’activité, regroupement de cabinets) ;
- la SMHF gère la logique patrimoniale familiale (immobilier, financier, transmission).
La SMHF peut aussi détenir des SCI, par exemple celles qui portent les murs du cabinet, ou d’autres investissements immobiliers (locaux professionnels loués à la SELARL, par exemple).
3. Avantages concrets pour un médecin ou un dentiste
Les avantages les plus fréquents d’une SMHF pour un libéral de santé sont :
- Vision globale : la holding devient un tableau de bord du patrimoine professionnel et privé.
- Optimisation fiscale : grâce au régime mère-fille, les dividendes circulent avec une imposition limitée tant qu’ils restent dans le “groupe”.
- Transmission : on peut donner des parts de SMHF aux enfants, tout en gardant la maîtrise de la gestion via des clauses statutaires.
- Protection : on distingue mieux ce qui relève du risque professionnel (activité médicale ou dentaire) et ce qui appartient au patrimoine familial (immobilier, titres détenus en holding).
À l’inverse, une SMHF utilisée pour des montages artificiels ou purement privés, sans lien économique réel avec l’activité, peut exposer le praticien à des risques de requalification et d’abus de droit. D’où l’importance de rester dans une logique cohérente.
Que change réellement le PLF 2026 pour les holdings patrimoniales des médecins et dentistes ?
C’est aujourd’hui la source d’inquiétude principale : beaucoup de libéraux lisent dans la presse qu’une “taxe sur les holdings patrimoniales” serait en préparation dans le cadre du PLF 2026, et se demandent si leurs montages SPFPL / SMHF vont être remis en cause.
1. Ce que prévoit le texte sur les holdings patrimoniales
Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une nouvelle taxe visant certaines holdings patrimoniales très capitalisées. L’idée est de taxer, chaque année, une fraction de la valeur des actifs non professionnels détenus dans ces holdings, lorsque plusieurs conditions sont réunies :
- la holding est soumise à l’IS ;
- la valeur de ses actifs dépasse cinq millions d’euros ;
- une part significative des revenus de la holding provient de revenus passifs (dividendes, intérêts, loyers) ;
- elle est contrôlée par une ou plusieurs personnes physiques détenant une part importante des droits.
L’objectif affiché par le législateur est de cibler un nombre limité de foyers très fortunés qui utilisent des holdings comme “coffre-fort” pour accumuler un patrimoine financier et des actifs de luxe peu ou pas taxés, sans réelle activité opérationnelle.
2. L’amendement “Juvin” et le recentrage sur les biens somptuaires
Au fil des débats, un amendement (souvent appelé “amendement Juvin”) est venu profondément recentrer la portée du dispositif sur les biens dits “somptuaires” :
- yachts et bateaux de plaisance de luxe ;
- voitures et véhicules de prestige ;
- chevaux de course ;
- œuvres d’art, collections et résidences de prestige mises à la disposition des associés ;
- etc.
En parallèle, le taux de la taxe sur ces biens somptuaires aurait été relevé, tandis que les actifs réellement productifs affectés à une activité économique (fonds de commerce, participations dans des sociétés d’exploitation, immobilier professionnel) seraient exclus de l’assiette.
La logique globale du dispositif, dans la version issue des discussions parlementaires, est donc de viser :
- des holdings à très forte capitalisation ;
- principalement utilisées pour loger un patrimoine luxueux et non productif ;
- sans lien économique direct avec une activité professionnelle réelle.
3. Impact concret sur un médecin ou un dentiste libéral
En croisant ces éléments avec la réalité des structures des professionnels de santé, on peut tirer plusieurs conclusions raisonnables.
a) Les SPFPL (holdings professionnelles) de médecins et de dentistes
- Elles ont pour objet principal la détention des participations dans des SELARL, exerçant effectivement une activité médicale ou dentaire.
- Les actifs détenus (parts de SELARL, éventuellement murs du cabinet exploités) sont directement liés à l’exercice d’une profession libérale réglementée.
- Elles ne correspondent pas au cœur de cible du dispositif, qui vise des holdings patrimoniales “coffres-forts” sans véritable activité.
B) Les SMHF / holdings patrimoniales des libéraux
Une SMHF bien structurée pour un médecin ou un dentiste détient le plus souvent :
- une SPFPL ;
- des parts de SCI portant les locaux professionnels ;
- parfois quelques investissements annexes.
Tant que ces actifs sont majoritairement liés à l’activité professionnelle ou à des investissements productifs (locaux loués, sociétés opérationnelles), ils ne rentrent pas dans la catégorie des actifs purement somptuaires.
Le seuil très élevé de valeur des actifs (plusieurs millions d’euros), cumulés au ciblage sur des biens de luxe, fait que la grande majorité des holdings des praticiens libéraux ne remplit tout simplement pas les critères.
C) En pratique, pour un médecin ou un chirurgien-dentiste libéral
La structuration “classique” : SELARL + SPFPL + éventuellement SMHF détenant principalement des participations professionnelles et de l’immobilier d’exploitation n’est pas remise en cause par le PLF 2026.
Ce qui est visé, ce sont des patrimoines financiers massifs, concentrés dans des sociétés interposées et composés essentiellement de biens de luxe ou d’actifs non professionnels.
En d’autres termes, pour un médecin ou un dentiste libéral “standard”, le PLF 2026 sur les holdings patrimoniales n’a, en l’état des discussions, pas d’impact direct sur la pertinence ni la sécurité des montages habituels.
Trois profils types : comment SPFPL et SMHF s’articulent dans la vraie vie ?
1. Le jeune spécialiste qui monte son premier cabinet
- 35 ans, installation récente en SELARL ou SELAS ;
- revenus en forte croissance ;
- projet de rachat de parts ou de rachat de murs.
Dans ce cas, la création d’une SPFPL :
- permet de racheter des parts avec un emprunt au niveau de la holding, remboursé avec les dividendes ;
- permet d’éviter de se verser trop vite des rémunérations fortement imposées ;
- prépare l’entrée d’un futur associé ou la montée en puissance dans le capital ;
La SMHF viendra souvent plus tard, quand le praticien voudra structurer un patrimoine plus large (multiples SCI, participations, etc.).
2. Le praticien “mi-carrière” qui veut structurer son patrimoine
- 45–55 ans, activité stabilisée ;
- SELARL déjà bien capitalisée, SCI en place ;
- début de patrimoine financier.
Ici, l’enjeu est de ne plus laisser le patrimoine “éparpillé” :
- création d’une SMHF qui détient la SPFPL (elle-même détentrice de la SELARL) et peut accueillir les SCI et d’autres investissements ;
- réflexion sur le partage entre pleine propriété et nue-propriété des parts de SMHF, pour préparer la succession ;
- optimisation des flux de dividendes et des arbitrages à long terme.
3. Le praticien proche de la retraite qui pense transmission
- 60 ans ou plus ;
- un ou plusieurs cabinets à transmettre ;
- éventuellement des enfants dans la profession (ou pas).
La chaîne SELARL → SPFPL → SMHF devient alors :
- un outil de sortie progressive ;
- un outil d’optimisation de la cession (cession des parts de SELARL ou de SPFPL, valorisation globale) ;
- un outil de transmission organisée via la donation ou la cession de parts de SMHF.
Points de vigilance : ce qu’un médecin ou dentiste doit surveiller
Même si la holding reste un outil très pertinent, plusieurs points appellent la prudence :
- Respect strict des objets sociaux : une SELARL ne doit pas financer des investissements personnels sans lien avec l’activité, une SPFPL ne doit pas devenir une “boîte à tout faire”.
- Conformité avec les règles ordinales : composition du capital, agréments, contrôle effectif par les professionnels de santé.
- Cohérence économique : les montages purement artificiels ou sans logique économique claire restent fragiles.
- Suivi des évolutions législatives : même si le PLF 2026 ne remet pas en cause les montages classiques, il faudra continuer à suivre l’actualité fiscale avec ses conseils.
En résumé : la holding reste un outil central… et le PLF 2026 ne change pas la donne pour la plupart des libéraux
Si l’on met bout à bout :
- le cadre juridique des SELARL ;
- le rôle de la SPFPL comme holding professionnelle ;
- le rôle de la SMHF comme holding patrimoniale familiale ;
- la cible très spécifique de la taxe holdings du PLF 2026 (grandes fortunes, biens somptuaires),
on arrive à une conclusion claire pour les professionnels de santé libéraux :
- La holding médecin ou dentiste, qu’il s’agisse d’une SPFPL ou d’une SMHF, reste un outil central pour structurer l’exercice, le patrimoine et la transmission.
- Le PLF 2026, tel qu’il est conçu, vise des holdings patrimoniales de très grandes fortunes et des biens de luxe, pas les montages professionnels classiques des médecins et des chirurgiens-dentistes.
- Pour la grande majorité des libéraux, les schémas SELARL → SPFPL → SMHF restent donc pleinement pertinents.
Conclusion
Parler de “holding médecin” ou de “holding dentiste”, ce n’est pas parler d’un gadget fiscal, mais d’un véritable outil de stratégie professionnelle et patrimoniale.
- La SELARL permet de structurer l’exercice.
- La SPFPL permet de financer, d’optimiser et de regrouper l’activité libérale.
- La SMHF permet de construire, organiser et transmettre le patrimoine.
Et contrairement aux craintes suscitées par le PLF 2026, les discussions actuelles montrent que la cible de la nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales est très éloignée des structures usuelles des médecins et des chirurgiens-dentistes libéraux.
La vraie question n’est donc pas “faut-il abandonner la holding ?”, mais plutôt :
“Quel montage SPFPL / SMHF est adapté à ma situation personnelle, à mes revenus, à ma famille et à mes projets ?”
C’est là que l’accompagnement par des professionnels qui connaissent vraiment les professions de santé fait toute la différence.
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